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Retour sur les 20 ans de carrière de ce groupe phare de la scène hip-hop français... Aujourd'hui, l'époque "L'Ecole du Micro D'Argent".
Après s'être intéressés aux débuts d'IAM, vers la fin des 80's, nous nous replongeons aujourd'hui dans l'exploration des thèmes développés dans l'album phare du groupe, "L'Ecole du Micro D'Argent". Les propos évoqués à l'époque sont-ils toujours d'actualité?

L'album ultime d'IAM
Dans le morceau « Dangereux », vous expliquez que vous êtes surveillés, pistés par les RG, mis sur écoute… Bref, le groupe IAM est dangereux. 15 ans après, le groupe IAM est-il toujours dangereux ? Où en est votre rapport aux autorités, à la classe politique ?
Shurik’n : Aujourd’hui nous dans IAM, on est tous pères de famille donc on a encore moins de raisons de fermer notre gueule parce qu’on n’est plus seuls : on laisse des gens derrière nous.
Tu veux dire que depuis que vous avez une famille, vous avez encore plus besoin de revendiquer ?
Bien sur ! Avant on racontait des choses, on parlait de ce qui se passait autour de nous, maintenant c’est différent : on a des gens à protéger, on a des sujets qui nous préoccupent, les mêmes d’ailleurs que tous les gens quand ils se lèvent le matin. D’ailleurs je pense que si on baissait les bras maintenant, il y aurait plein de gens pour venir nous le reprocher… Et puis on a toujours été comme ça : se révolter, revendiquer, c’est aussi ce qui nous a poussé à faire de la musique : ça n’est pas la seule raison, ça n’est peut-être même pas la bonne, mais c’est la nôtre.

Akhenaton : Pour « Dangereux », on avait été renseignés sur les RG, on savait de sources différentes qu’ils nous écoutaient… il y avait un bon petit dossier IAM. On a eu notre lot de poursuites et de rendez-vous au tribunal, notamment à l’époque de « Métèque et Mat », mais comme je te le disais (CF Interview IAM 1ère partie), on n’a pas non plus communiqué dessus… On a réglé nos affaires dans la discrétion et dans le silence… ça s’est passé principalement entre Juppé, le juge, mon avocat et moi. On a gardé un côté très subversif dans nos paroles et oui, il faut le savoir, la France est un pays policier qui place les gens sur écoute dès qu’ils ne vont pas dans le sens des moutons qu’ils voudraient qu’on soit.
Deuxième morceau de la période « L’Ecole du Micro d’Argent », « Petit Frère » : aujourd’hui en 2008, qu’est devenu le petit frère de 97 ?
S : Et ben je pense qu’il est devenu à l’image de la société dans laquelle il vit. Une société de baskets, de baggy, de style, de bling bling…
Donc maintenant Petit Frère roule pour sa poire ?
Oui ! Pour sa poire et celle de son crew, parce que – et dans le rap ça a été compris très tôt – beaucoup ont compris que si tu ne bouges pas par toi-même, personne ne le fera pour toi.
A : Petit Frère est désolé de voir le petit-petit-frère qui est arrivé. Petit Frère de 97 a aujourd’hui des responsabilités, il travaille, il est probablement père de famille ; il a grandi, il a mûri et comme à chaque génération, les gens qui arrivent à un certain niveau de maturité et de responsabilités dans la vie regardent les plus jeunes faire n’importe quoi et se disent « mais on était vraiment des petits cons ! ». On a été ces petits cons-là nous aussi… Par contre, je place une frontière avec une grande ligne marquée « respect » : moi je n’ai jamais manqué de respect aux gens. On a vécu notre adolescence, tout ça, mais jamais de hagra. La violence gratuite, je déteste ça… Quand les mecs du quartier volaient un type à cinq ou six, ça me dégoûtait… ça me dégoûte toujours autant d’ailleurs… Ce que je déteste le plus, c’est vraiment l’injustice. Ça m’horripile.

Akhentaon passe à table
« Demain c’est Loin », le morceau ultime du rap français…Mais d'où vous est venu ce freestyle de 9 minutes??
S : C’est notre préféré ! En fait à la base, on était avec Freeman et le Rat Luciano, en train de refaire une mouture de l’album « L’école… » dont on n’était pas tout à fait satisfaits. J’ai écrit ce morceau dans le studio, pendant le mixage de l’album d’IAM, pour mon album solo - à cette époque je bossais aussi sur mon album solo… Je l’ai écrit en une fois. Premier jet. Je ne l’ai jamais retouché. Lorsque je l’ai fait écouter aux autres, ils m’ont dit « c’est monstrueux ! Il faut absolument qu’on le mette dans l’album ! ». J’étais OK : je l’avais écrit là, Chill avait écrit des bribes de texte sur le même thème, et on a collé les deux… Ça a donné « Demain c’est Loin ». Ce morceau pour nous, c’était vraiment le plaisir de la performance, rapper sans refrain, un gros flow, envoyer plein d’images…. C’était la performance qui nous excitait. Sincèrement, on pensait pas qu’un moreau comme ça, sans refrain, de 9 minutes, allait devenir le classique que c’est aujourd’hui. Moi je le voulais comme ça, cette structure sans refrain, un grand bloc.
A : Moi, le morceau que j’avais écrit à l’époque de la première mouture de « L’Ecole… » s’appelait « Tours de béton » ; Jo avait son couplet de « Demain C’est Loin » et j’y ai adapté mon morceau, qui se voulait comme autant de photographies, négatives ou positives, du quartier. Tu vois parfois, quand tu as enregistré ton morceau, tu as un sentiment de satisfaction en réécoutant ton travail ; là on l’a senti tout de suite… Et ce morceau est devenu un classique au même titre que le « MIA », c’est un truc de fou ! En concert, « Demain c’est Loin », c’est LE morceau le plus demandé.

Bientôt, suite et fin de l'interview d'IAM avec leur dernier-né: "Saison 5".