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IAM: 20 ans d'activisme, 1 interview

Adrien G - 16.06.08

Retour sur les 20 ans de carrière de ce groupe phare de la scène hip-hop française en s'arrêtant sur les principaux thèmes développés par le collectif tout au long de cette aventure...

IAM. Un nom qui parle aux plus jeunes comme aux plus âgés. Avec NTM, l’un des deux piliers du rap en France. Le sud et le nord. Deux styles différents, une seule raison d’être : la culture de la rue érigée en véritable art ; écriture, chant, danse et graffiti, les valeurs de base du hip hop, un hip hop qui a tellement changé en un peu plus de 20 années d’existence mais dont les principaux acteurs sont toujours aussi influents.

Oui, aujourd'hui, les anciens reviennent en force : alors que les NTM se retrouvent sur scène en septembre, le groupe IAM délivrait il y a quelques mois à peine un nouvel album « Saison 5 », digne successeur de « L’Ecole du Micro d’Argent » (après la réussite ambiguë de « Revoir un Printemps »).

Mais justement, après 20 ans d’existence, quid de l’engagement de deux MC’s, Akhenaton et Shurik’n, qui ont aujourd’hui exploré presque tous les thèmes ? Quid de l'activisme de deux jeunes issus des quartiers nord de Marseille devenus parents quarantenaires ? Quid en fait de l’état d’esprit, 20 ans après ses débuts, d’un groupe qui a passé sa carrière à militer, à écrire et à s'engager ?

Pour le savoir, plutôt que de leur poser des questions maintes et maintes fois évoquées, retour sur quelques-uns de leurs thèmes les plus forts développés en chansons….

Voici IAM divisé en 3 périodes phares : les débuts « la naissance d’IAM », l’apogée « l’école du micro d’argent » et le retour en force « saison 5 ». Première partie: les débuts du groupe.

IAM à l'ancienne...
IAM à l'ancienne...


« Donne moi le micro » : dans ce morceau, vous parlez avec humour de votre soif de micro, votre soif de dire des choses…

Shurik’n : (il coupe) Ouais, ouais, en même temps c’est un côté humoristique qu’IAM a toujours eu et dès le départ, même si après ça s’est un peu atténué, pas vraiment de notre volonté mais on s’est rendu compte qu’au final les morceaux humoristiques étaient les moins qualitatifs… mais c’est vrai que dans IAM, on a toujours eu ces envies de partir en live…

Et justement, cette envie de micro 20 ans après ?…

S : Elle est toujours aussi présente. On l’exprimerait pas de la même façon mais elle est toujours aussi présente. On est rappeurs donc si on n’a plus soif de micro… ben ya plus grand intérêt…

Akhenaton : pour nous, cette envie elle a toujours été la même : la passion d’être MC, la passion d’écrire, la passion de se remettre en question… tous les jours on est dessus, on écrit des textes, on fait des sons… il y en a peut-être 80 voire 90% qui partent à la poubelle mais pour nous et à plus forte raison dans le hip hop, la création elle doit être permanente : si tu décroches 6 mois, c’est toi qui es décroché.

Dans « Reste underground », vous parlez des critiques dont vous avez été victimes de la part des autres rappeurs, du milieu hip hop en général et notamment à l’époque du « MIA » qui avait super bien marché, et notamment commercialement… Aujourd'hui, c'est quoi être commercial?

S : Le milieu hip hop pense qu'être naturel, c’est justement ne pas montrer ton côté naturel à la caméra. Nous on rigole, des conneries on en dit tous les jours, on n’a pas dénaturé notre façon d’être en faisant des chansons un peu drôles, quoi… Ne pas être « underground » pour eux, le milieu hip hop, c’est à partir du moment ou soit tu pervertis ton discours, soit tu fais du commercial. Si c’est ça ton problème, ne fais pas de disque. Parce qu’à partir du moment où tu fais un disque, tu tombes forcément dans la « commercialité » et quand je dis « commercialité », je parle de ventes, pas d’abaissement du niveau. Quand tu baisses ton niveau pour vendre, ça c’est du marketing. Notre démarche artistique, elle a toujours été égoïste : on est dans notre studio, on crée. Les seuls critères dont on tient compte, c’est les notres . Après si les gens s’y retrouvent, c’est notre chance, tant mieux s’ils se sentent concernés par notre discours. Après underground, pas underground, c’est de la connerie. Tant que ton discours n’est pas perverti. Quand on sait qu’aujourd’hui, beaucoup de rappeurs invitent les programmateurs radio en studio pour pouvoir taper dans le mille, underground je trouve que c’est un mot qui est bien lointain.

Shurik'n
Shurik'n

A : sur ce morceau, il s’agit surtout des gens qui érigeaient l’underground comme état de fait. Nous on ne communique pas sur ce qu’on fait, on ne dit pas quand on refuse les chèques de grosses compagnies pour faire certains deals, on dit rien, on est constant. Je pense qu’il faut aller à la rencontre du grand public sans se compromettre artistiquement, sans adapter ses chansons. Pour nous, c’est par exemple aller aux Victoires de la Musique et chanter « La Fin de leur Monde ». Pour moi, le paradoxe, c’est ces groupes qui se disent underground et qui fréquentent toutes les soirées hype de la capitale. Attention, pour moi c’est pas un problème de fréquenter ce genre de soirées, mais ne te revendique pas underground ! Tu ne revendiques pas une intégrité que tu as déjà perdue depuis longtemps... Nous on ne revendique rien.

« Sachet blanc » : il y a 20 ans vous abordiez le problème des drogues dures. A l’heure ou la cocaïne se démocratise dans tous les milieux, quel est aujourd’hui votre discours sur la drogue ?

S : Ben tu l’as dit hein, la cocaïne s’est démocratisée. La coke, ça n’a jamais été une drogue de quartier. Shit, herbe, ok mais la cocaïne elle est arrivée en cité lorsque toute une frange de la génération des quartiers s’est mélangée à la génération de la night de certains milieux… et puis aussi pour le business… quand ils ont vu combien ça rapportait. Alors moi j’ai juste un message à faire passer à ces messieurs qui nous gouvernent et qui mènent une guerre acharnée contre les consommateurs de hashish : ces gens-là ne savent pas dans quel monde ils vivent, ils ignorent tout du monde dans lequel ils vivent, ils ignorent que leurs enfants, dès l’age de 18 ans, se prennent du vendredi au dimanche à coup de vodka, de coke et de cachets. Nous avec nos spliffs, on est des beatniks. Et les seuls à l’ignorer ce sont les gens qui nous gouvernent.

Attends, tu penses qu’ils l’ignorent vraiment ?

S : Je pense qu’il l’ignorent vraiment oui, sinon, il nous feraient pas chier avec leur tests à cannabis mais ils en trouveraient pour la coke. Alors ne nous fais pas la guerre pour du shit alors que tu as toute une génération qui se déchire à l’alcool fort et à la poudre. Ouvre les yeux, regarde un peu le pays dans lequel tu vis et que tu prétends gouverner avant d’ouvrir ta gueule.

A : moi je suis atterré quand je vois la nouvelle génération. On a vu le phénomène se présager en Espagne et en Italie où les gamins avaient déjà bien le nez dedans depuis quelques années mais en France, la nouvelle génération, ils se font un rail comme toi quand tu étais gamin tu descendais trois bières pour ne pas raquer ta boisson en boite. C’est trop facile. Il faut rappeler les dangers : c’est quand même une drogue dure qui augment considérablement les risques de rupture d’anévrisme. C’est pas sde l’homéopathie, c’est du costaud, surtout qu’ils la coupent avec des tas de merde. Et je dis là ce que je dirai à mes gamins qui auront bientôt l’âge d’aller en boite et de sortir : tu peux t’amuser sans t’en mettre plein la lampe. Et si tu es un agneau, vis ta vie d’agneau. Tu n’es pas obligé de prendre de la coke pour te prendre pour un lion, tu vois ce que je veux dire ? C’est pas parce que t’es un doux que t’es un faible.

Akhenaton
Akhenaton

« Le feu » : Un hymne au football… alors l’OM en Champions League, le PSG sauvé…

Alors là encore une fois c’est du deux poids deux mesures : regarde l’affaire OM – Valencienne. On fait descendre Marseille en D2, tout le monde trouve ça normal alors que c’est la seule équipe française qui rayonne en Europe , la seule où dans les autres pays tu trouves des supporters : ça n’est pas le cas de Lyon, ça n’est pas le cas de Paris. Valenciennes qui accepte le pot-de-vin s’en sort tranquille. Et là, quand Paris était menacé de descendre, tous les médias français se sont mobilisés pour sauver le club. Si ça c’est pas du deux poids deux mesures… là il faut arrêter le ballon et se mettre au ping-pong. Voilà, je trouve. Dans ce pays encore une fois, on est dans une grosse et profonde hypocrisie. Même Lyon, respect pour eux, 7 titres ! Mais encore une fois, ils ont pris le championnat, bon ils ont pris la coupe, et basta ! Chaque année ils nous disent « cette fois on met tout sur la ligue des champions » et rien, nada ! on dirait qu’ils te parlent de Manchester… On chante cocorico alors qu’on a les deux pieds dans la merde ! Arretez-vous ! On a presque le championnat le plus faible d’Europe, ya pas de quoi fanfaronner !

Dans le morceau « J’aurais pu croire », vous dîtes que vous ne croyez ni en l'Orient, ni en l'Occident, ni aux ayatollahs, ni aux rabbins, ni en Saddam, ni en Bush (Bush Senior à l'époque)... Aujourd’hui, en quoi vous croyez ou pas

S : Bah ! Aujourd’hui malheureusement, quelques problèmes ont changé géographiquement mais ce sont exactement les mêmes. Le principal medium c’est la télé, mais vérifions bien avant de croire, on connaît ses ravages. Moi il y a encore beaucoup de choses auxquelles je ne crois pas. Coluche l’a dit, sur la télé ya un bouton en bas, si tu ne veux pas te faire gaver le cerveau, t’appuies dessus ! Mais on est tellement bien éduqués qu’à 20h30 on appuis dessus et on mange ce qu’ils veulent bien nous faire manger. Si tu veux de l’info, tu dois faire la démarche d’aller la chercher, et aujourd’hui l’alternative c’est internet.

IAM ancienne 2

Suite de l'interview d'IAM dans quelques jours avec l'époque "L'Ecole Du Micro d'Argent"...

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