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Jean Pierre Lentin - 05.11.08 | 18:39
Gasface, magazine trimestriel consacré à la culture hip-hop (mais pas que…) se trouve en danger de mort à cause d’une d’embrouille vicieuse dont les tenants et aboutissants sont loin d’être clairs.
La raison : le titre de la couverture de son 6ème numéro, sorti le 23 octobre, « Ils dansent mal ! Ils sont méchants ! Ils sont partout ! Même Barack Obama en est à moitié un… Faut-il avoir peur des ces enculés de Blancs ? »
Dans les jours qui viennent, la rédaction reçoit des coups de téléphone des NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne), qui assurent la diffusion de 90 % de la presse française, et de l’UNDP (Union Nationale des Diffuseurs de Presse), un organisme de contrôle interne aux NMPP. On la prévient que de nombreux kiosquiers se plaignent de ce titre jugé « raciste » et « vulgaire », et que le magazine pourrait être retiré de la vente. On laisse même entendre que le Ministère de l’Intérieur prépare une interdiction du titre.
Après de multiples démarches au téléphone, le journal apprend avec stupéfaction que ni les NMPP ni le Ministère n’ont intenté la moindre action, et que le numéro reste autorisé. Réaction hâtive suivie d’une rétractation toute aussi hâtive ? On ne le saura jamais, puisqu’en haut lieu la consigne est « circulez, y a rien à voir ».
Mais voilà, les kiosquiers sont libres et une partie d’entre eux refuse de mettre le numéro en vente et planque les cartons dans l’arrière-boutique. Ce qui n’empêchera pas les NMPP de réclamer 100 % de leur dû à la fin du mois. Pour ce journal indépendant basé à Lyon et tirant à 30 000 exemplaires, cette censure sournoise pourrait signifier un arrêt de mort financier.
Précisions : le directeur et le rédacteur en chef de Gasface sont blancs comme des cachets d’aspirine et il s’agit évidemment d’un titre humoristique pour un numéro qui traite en grande partie, de façon fort pertinente, avec une maquette impeccable, des brèves hilarantes et des interviews passionnants, du rôle des blancs dans la musique hip-hop et noire. On y parle du rapper français Seth Gueko, d’Alchemist, producteur blanc très côté dans le rap US, de Marco Polo, autre producteur qui monte, de Scott Lennon, avocat blanc des grands rappeurs noirs, ou encore du groupe Average White Band, étonnante formation écossaise qui jouait une musique 100 % funk-soul dans les années 1970, leur saga étant racontée par Alan Gorrie, le fondateur et leader du groupe. Sans compter, hors du sujet de couverture, bien d’autres articles, dont un grand entretien avec le cinéaste Nicolas Boukhrief.
Donc, sans hésiter, réclamez Gasface à votre kiosquier, voyez la gueule qu’il fait, et s’il fait partie des censeurs, dites-lui ses quatre vérités. Et surtout, lisez cet excellent magazine !
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