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Salvia, la drogue qui monte et qui descend

Jean Pierre Lentin - 20.09.08 | 12:41

La Salvia Divinorum, ou sauge des devins, est une plante utilisée par les chamanes Mazatec au Mexique, qui a fait son apparition en Occident depuis quelques années. Son succès vient en partie du fait qu’elle est facile à cultiver chez nous et difficile à repérer, car elle ressemble à n’importe quelle autre sauge culinaire ou jardinière. Sa vente est légale dans la plupart des pays.

Son effet est très curieux. C’est probablement la plante hallucinogène la plus puissante du monde, par rapport à la quantité nécessaire pour planer. On peut la fumer, la mastiquer ou la boire en infusion, elle existe aussi sous forme d’extraits en gélules. Elle produit un état psychédélique total – impossible de se tenir debout, on s’étend, on se sent sortir de son corps et transporté dans un autre monde peuplé d’authentiques hallucinations, pas forcément agréables. L’effet ne dure pas plus de quelques minutes. En général, ceux qui essaient par curiosité ne le font qu’une fois et n’y reviennent pas, car l’expérience n’est finalement pas très plaisante.

Mais, surprise, la Salvia marche du feu de Dieu, surtout aux Etats-Unis, où ses petits noms sont Sally D ou Magic Mint. On estime qu’1,8 millions d’Américains l’ont essayée, surtout des jeunes, 3 % des étudiants sur les campus, et aussi des soldats sur les bases et navires de guerre ! Environ 5000 vidéos sur YouTube, dont certaines ont été vues un demi-million de fois, montrent des usagers titubant, délirant et complètement à l’ouest.

La Salvia est aujourd’hui interdite dans 13 états américains, ainsi qu’en Australie, en Belgique, en Italie, en Espagne, au Danemark, en Norvège, en Finlande, en Estonie et en Corée du Sud. En France, elle reste légale.

Certains chercheurs en psychiatrie se désolent d’une prohibition qui va probablement se généraliser, car ils fondaient des espoirs sur l’efficacité de dérivés du principe actif (salvinorine A) pour soigner la dépression, la schizophrénie, l’Alzheimer et même l’effet du Sida sur le cerveau. Les interdictions, bien sûr, bloqueront toute nouvelle recherche scientifique.

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