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Jean-Paul, pape anti-libéral ?

Léon M. - 07.04.05

Jean-Paul II, pape conservateur sur les moeurs notamment sexuelles, était-il de gauche sur l'économie ? Disons que sur l’ultra-libéralisme, il portait un regard sévère.


Courrier international de cette semaine fait un portrait assez profond du pape mort en ressortant ses archives. On y retrouve son opposition à la guerre du Golfe (celle de 1991), la liste humainement instructive de ses points communs avec Fidel Castro (archi-autoritaire, décide tout tout seul, showman, etc) et une analyse de sa doctrine sociale sous la plume compétente de John Wyles du Financial Times de Londres.

Jean-Paul II

En 1987, Dans la bulle Sollicitudo rei socialis, Jean-Paul balance. Il cite le «surdéveloppement» de l’Occident, qui «soumet les personnes à l’esclavage des possessions et des satisfactions immédiates, en leur interdisant un autre horizon». On croit entendre l’autre sainteté, le Dalaï Lama, en plus brutal. Qu'en penserait Bush, s'il lisait les bulles papales?

Pire, Jean-Paul II met sur le même plan le «désir de profit qui consume tout» de l’Occident et la «soif de pouvoir, mêlée à l’intention d’imposer sa volonté aux autres» dans l’ex-empire soviétique.

Pour Jean-Paul II, ce gâchis humain n’était pas qu’une constatation désolée. L’esprit profondément matérialiste de l’économie de marché, le règne de la marchandise, ont une conséquence stratégique : l’Europe et les Etats-Unis sont perdus pour la foi. Un texte de la commission pontificale dénonce «un scepticisme diffus et généralisé, qui tourne résolument le dos à toutes les valeurs transcendantales pour se complaire dans l’hédonisme et le relâchement moral, affectant les valeurs professionnelles, la vie de famille et les relations sociales.» Pour le leader des croyants, qu'y a-t-il de pire? Remarquons que le texte reprend les mêmes accusations que celles contre le cannabis !

En somme, conclut Courrier International, le pape qui avait tant fait pour sortir la Pologne du communisme «ne trouvait pas beaucoup plus d‘attraits au capitalisme.» Il imaginait peut-être un tout autre monde. Mais il n’en dit jamais rien, car ce n’est pas le rôle de l’Eglise de proposer des modèles économiques.

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