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En Irak comme en France, les terroristes des uns sont toujours les résistants des autres, et vice-versa.
"Terrorisme" : le mot apparaît dans la langue française en 1794, l'année de la mort de Robespierre, et c'est tout sauf un hasard. Explication : à sa naissance, le mot désigne la politique de terreur d'Etat menée par Robespierre et ses amis montagnards depuis 1792. Un «terroriste» est tout simplement un partisan de Robespierre.

Il faut attendre les années 20 pour que la langue français, inspirée par la révolution russe, utilise «terroriste» au sens moderne de poseur de bombes. En 1932, Malraux dresse le portrait inoubliable de Tchen, le poseur de bombes de la Condition humaine, et lui fait dire : «Il faut faire du terrorisme une religion». Bien anticipé, Malraux.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, «terroristes» est le mot rabâché par la Gestapo, l'armée allemande - «Terroristen!» - et le gouvernement de Vichy pour parler des résistants.
Le mot avait tellement frappé les foules qu'après la guerre, des résistants en inversent le sens moral, le revendiquent, s'en font une gloire. En 1947 paraît un livre de mémoires intitulé Nous, les terroristes. Sous titre : Journal de la Section Spéciale de Sabotage. Sur la couverture, l'emblème de la "S.S.S." : une tête de mort blanche sur fond noir, un bizarre drapeau pirate estampillé d'une croix de Lorraine ! Nous, les terroristes est préfacé par le colonel Rémy, grand résistant et fidèle gaulliste, que le mot ne gêne pas une seconde.
En 1948, un résistant alsacien nommé Rodolphe Kessler publie à compte d'auteur Les terroristes, récit en hommage de ses camarades morts au combat. La couverture bariolée montre des types à mitraillettes dans une ville en feu. La préface aborde de front le problème : «On parle beaucoup de «Résistance», mais le temps embellit les choses et les déforme. C'est ainsi que l'on a souvent qualifié de «terroristes" les patriotes qui risquaient leur vie et leurs biens pour maintenir l'indépendance de la patrie (...). Ce livre fait apparaître quels furent l'élan et le désintéressement des patriotes qui acceptèrent d'être des «terroristes" pour rester dignes de nos traditions françaises.»
Français-Allemands, Afghans-Russes et aujourd'hui Irakiens-Américains, le résistant de quelque part est toujours terroriste pour son ennemi et vice-versa.
Nous, les terroristes, de Marc Leproux, 300 p., éd. Raoul Solar 1947
Les terroristes, de Rodolphe Kessler, 290 p., imp Müh-Le Roux, Strasbourg 1948