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Le mystère des abeilles fugueuses

mhl - 21.05.07

Tout a commencé en Floride, en septembre 2006. Puis la plupart des états américains ont été touchés. Puis d’autres pays d’Amérique (Canada, Mexique, Brésil) et ensuite l’Europe (Suisse, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie, Grèce, Pologne…) Une incroyable épidémie s’est propagée en quelques mois, d’une brusquerie et d’une ampleur faramineuses. Partout, les abeilles quittent leurs ruches pour ne plus jamais revenir.

Aux Etats-Unis, selon les états, 50 à 70 % des abeilles se sont volatilisées, soit des centaines de milliers de ruches et des milliards d’abeilles. Des chercheurs se sont réunis dans l’urgence, des études pullulent actuellement, on a trouvé un nom pour ce fléau, le CDC, Colony Collapse Disorder, le syndrome d’effondrement des ruches. Mais pour l’instant personne n’a découvert la cause. Or, cette maladie des abeilles fugueuses est potentiellement catastrophique, non seulement pour les apiculteurs, mais pour toute l’agriculture, des céréales aux légumes ou aux arbres fruitiers. 80 % des espèces végétales ont besoin d’être pollinisées par les abeilles, et nul autre insecte ne peut les remplacer.

En France, on n’en a guère parlé. Les apiculteurs français ont connu de lourdes pertes à partir de 1991, attribuées à un pesticide, le Gaucho, désormais interdit chez nous sur les champs de tournesol ou de maïs. Les populations d’abeilles se sont peu à peu rétablies, sans jamais retrouver le niveau d’antan. La nouvelle épidémie n’a pas été signalée ici pour l’instant, mais tout porte à croire qu’à terme, on n’y échappera pas.

Un autre mystère plane : aucune bestiole n’ose s’approcher des ruches touchées, alors, que d’ordinaire, des abeilles sauvages et bien d’autres insectes envahissent les ruches dépeuplées pour grappiller les restes de miel et de pollen. C’est du jamais vu. Aujourd’hui, les scientifiques explorent de nombreuses pistes. Les pesticides, d’abord, notamment la famille chimique des néonicotinoïdes, dont le Gaucho, le Regent et d’autres produits dits « phytosanitaires ». Mais ces poisons sont répandus depuis des années, et même les dégâts du Gaucho en France n’avaient pas entraîné un phénomène aussi massif et rapide. On pense aussi aux plantes OGM, mais là encore, leur diffusion a eu lieu progressivement.

Faut-il incriminer un nouveau microbe ? Certaines expériences penchent en ce sens : des autopsies d’abeilles et des études génétiques ont détecté quelques micro-organismes inconnus à ce jour, et la stérilisation de ruches par des rayons gamma a permis à de nouvelles colonies de prospérer. La multiplication des émissions électro-magnétiques est également mise en cause, car les abeilles y sont très sensibles, elles se servent du champ magnétique terrestre pour s’orienter, communiquent probablement entre elles au moyen d’ondes, et leurs défenses immunitaires souffrent de ces technologies.

L’administration d’antibiotiques diminue elle aussi l’immunité, ainsi que les pesticides et les microbes. Enfin, il faut savoir que les abeilles « modernes » sont des hybrides, plus grosses et plus productives, mais aussi plus fragiles que leurs cousines naturelles. Certains incriminent un effet cumulatif et synergique de tous ces changements dans l’environnement, un moment où « trop c’est trop », d’où la soudaineté de la catastrophe. On note aussi que les abeilles sauvages et les ruches « bio », composées de petites abeilles à l’ancienne qui ne reçoivent aucun antibiotique et sont entourées de cultures sans pesticides ni OGM, restent parfaitement indemnes. En tout cas, la panique monte et beaucoup ressortent cette prophétie énoncée par Einstein : « Si l’abeille disparaissait du globe, l’humanité n’aurait plus que quatre ans à vivre. »

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