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Néron? une bête de scène. Rien à voir avec le clown beuglant, génialement interprété par Peter Ustinov dans Quo Vadis. En réalité, Néron chantait bien. Pour son époque, c'était une énorme vedette. Pour son malheur, il était aussi empereur.
Depuis qu'il était ado, Néron, grand rouquin baraqué, exerçait sa voix. Perfectionniste, il doute de lui et ne se produit devant les amis, en petit cercle. Enfin, à 26 ans, au printemps de l'an 64, il se lance. Il fait ses débuts devant le grand public et quel public ! celui du festival de Naples, les Grecs branchés, ceux qui font la mode, les plus exigeants, rapides à chambrer. Avant la première, Néron angoisse, il a le trac. Il monte sur scène avec sa harpe, paroles, musique et chant. Et il assure.

Le premier soir, il est bissé. Les jours qui suivent, il fait durer son tour de chant pendant des heures. Il conquiert son public, l'impitoyable public des Grecs des Naples. En tant que musicien, le voici crédible et lancé.
Au dixième jour du festival, un tremblement de terre secoue le théâtre pendant sa session. La foule panique, Néron reste impassible et continue à chanter. Néron devient un héros, une immense vedette populaire. D'après Tacite et d'autres, Néron est doué. Les Romains fredonnent ses tubes. On l'appelle le «Maître de Chant». Sa carrière culmine en 67, avec une grande tournée en Grèce. Dix-huit mois de ville en ville, 1800 concerts, soit trois concerts par jour.
Pendant ce temps, à Rome, les complots couvent. Les vieux sénateurs lui en veulent à mort de dégrader sur scène la fonction impériale. Néron annule une tournée en Egypte, rentre précipitamment à Rome. Trop tard. Il a encore le temps, en mai 68, d'interpréter Oedipe, son dernier rôle, et se suicide trois semaines plus tard pour échapper aux sbires du Sénat.
A lire : Néron, d'Arthur Weigall, Payot 1950.
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